Le sonnet français : Réminiscence.


Réminiscence


Je nous revois tous deux sur un petit nuage,
Nos cœurs battaient bien fort face à tant de bonheur ;
Sur le seuil de l’église, on nous fit grand honneur,
En recevant les vœux de notre voisinage !

Il était plus que doux ce jour de mariage
Et fier était aussi le gai carillonneur
D’avoir été choisi pour devenir sonneur,
De cet évènement dans mon petit village !

Pour moi la robe blanche et la rose en bouton,
Pour toi le rêve tendre et le joli veston,
Et nous étions fin prêts pour la grande aventure !

C’était hier, déjà ! Aujourd’hui, grands-parents,
Protégeons notre foi pour qu’une signature
Conserve jusqu’au bout ses pouvoirs fulgurants !

Annie

Le sonnet estrambot : Le crépuscule.

 

Le crépuscule


Dans un bain rouge sang l’horizon se prélasse,
Tarde à s’évanouir face à tant de beauté,
Et même si la lune a regagné sa place,
La nuit n’a pas encor du jour tout grignoté !

C’est à pas de velours que le temps se déplace,
Après avoir cueilli l’or d’une royauté,
Pour le fondre à plaisir sur mon humble palace,
Modeste nid d’amour, par nos cœurs mignoté !

Et petit à petit une onde rose et tendre,
Envahit toute chose et chacun peut entendre
Murmurer le silence au seuil de la noirceur.

Un dernier chant d’oiseau clôture enfin la toile,
L’ombre apparaît sitôt que jaillit une étoile,
Le ciel se pare alors d’un manteau de douceur…

La lumière n’est plus, mais un flot de mystère,
Appelle le poète à sublimer la terre
D’une rime galante et d’un refrain berceur !

Annie

La Ballade : Le poète et l’automne.

BLOG EN PAUSE

 

La Ballade


Le poète et l’automne


Je suis face à ma page blanche,
L’été s’enfuit, l’automne preux,
Offre son or en avalanche,
D’un geste tendre et chaleureux,
Dès qu’il se vêt de tons cuivreux !
Muse, quittons notre chaumière,
Mon cœur adore être amoureux,
Il fait si bon dans la clairière !

Avant que le soleil ne flanche,
Cueillons tous les fruits savoureux,
Il reste du pain sur la planche, 
Tant que le ciel est généreux !
Vite une plume, un chemin creux,
Il faut récolter la lumière
Avant les soirs plus rigoureux ;
Il fait si bon dans la clairière !

Bientôt l’hiver, de sa palanche,
Rendra l’oiseau plus malheureux.
Il fera froid dessus la branche,
Et quand le sol sera givreux,
Fée et lutin diront entre eux
Qu’un songe de rose trémière
Serait doux pour les miséreux ;
Il fait si bon dans la clairière !

Poète ne sois pas peureux !
Sème ta rime printanière,
Tes vers renaîtront plus nombreux,
Il fait si bon dans la clairière !

Annie

La Bandollière : Le rouge-gorge.

Aquarelle de mon amie Marie-Luce

Le rouge-gorge

Couleur de l’automne, il est revenu
Comme le gamin courant chez sa mère
Quand la liberté redevient amère,
Couleur de l’automne, il est revenu.

Couleur de l’automne, il n’attend plus rien
Pour sa gorge rouge et sa douce plume
Si ce n’est l’espoir que ma main rallume,
Couleur de l’automne, il n’attend plus rien.

Couleur de l’automne, il est bien poli,
En manteau de feu sur la neige blanche
Quand l’hiver venu porte sa palanche,
Couleur de l’automne, il est bien poli !

Annie

Le Pantoum : Nostalgie.

Merci à mon amie Maria pour cette belle mise en page !

 

Pantoum revu et modifié !

Nostalgie


J’ai refermé toutes mes portes
Pour affronter les cieux plus gris.
Sur le vélin des feuilles mortes,
On voit encor maints coloris.

Pour affronter les cieux plus gris,
La cheminée ourle sa flamme.
On voit encor maints coloris
Dans les buissons que l’aube acclame !

La cheminée ourle sa flamme,
Je songe à mes étés passés.
Dans les buissons que l’aube acclame,
Les feux du ciel se sont lassés !

Je songe à mes étés passés,
Déjà l’hiver met sa flanelle.
Les feux du ciel se sont lassés,
Il fait bien froid dans la venelle !

Déjà l’hiver met sa flanelle,
Il a neigé dans mes cheveux…
Il fait bien froid dans la venelle,
Le blanc flocon passe aux aveux !

Il a neigé dans mes cheveux,
Traînent mes ans mille cohortes.
Le blanc flocon passe aux aveux,
J’ai refermé toutes mes portes !

Annie

Le Maillet : C’est le chant de la pluie.

Photo de mon amie Christiana.

Profitez-en pour lire ce bel écho chez Annick   


C’est le chant de la pluie

C’est le chant de la pluie et mon âme frissonne,
Elle pleure l’instant, et les jours à venir,
Quand mon regard tourné vers l’aube polissonne,
Voit déjà le tilleul qui s’apprête à jaunir.

J’entends les lourds sanglots d’une biche aux abois,
C’est le chant de la pluie et mon âme frissonne,
Erre à travers l’étang qui baigne les sous-bois
Jusqu’à s’évanouir et n’être plus personne.

Les songes de l’été que ma muse moissonne,
Seuls continuent encore à danser la java ;
C’est le chant de la pluie et mon âme frissonne,
Elle sait bien, hélas, qu’un beau jour tout s’en va !

Adieu le nid, la fleur, l’abeille et le bourdon !
Dans le lointain brumeux, pourtant la cloche sonne !
Un ciel triste et penaud brigue un premier pardon…
C’est le chant de la pluie et mon âme frissonne !

Annie

Le sonnet français : Le lambda.

 

 

Le lambda

Heureux l’être tranquille ayant tout accompli,
Ses devoirs d’écolier, son désir d’être sage,
Les jeux entre copains, le dur apprentissage,
Et même l’impensable, en demeurant poli !

Des premières amours, aux rives de l’oubli,
Il a patiemment cultivé son passage,
Cent fois sur le métier repris le polissage,
Et ce jusqu’au moment d’entendre l’hallali…

De son discret départ on dira, quel dommage !
Mais il était bien vieux, rendons lui cet hommage,
Quelques larmes de fleurs à l’ombre des caveaux.

Celui dont le parcours fait applaudir la foule,
A t-il plus de valeur, qu’on hurle des bravos,
Quand la mort à son tour sur son nom se défoule ?


Annie